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Vie pratique

Les accidents ménagers et le compostage

Sans être une activité référencées comme étant des plus dangereuses (62ème sur la liste des accidents ménagers dangereux pour le ‘bon père de famille’), le compostage amène, chaque année, son lot de victime. Négligeance, fatigue, sentiment d’obligation, absence de conviction, culpabilisation familiale, de nombreux facteurs conditionnent le risque et provoque l’accident. En 2010, par exemple, plus de 1850 accidents ont été imputés ( pour une trentaine d’amputés lourds) à la sortie du compost.

Le compostage, dangereux ?

Les professionnels du compostage ne pourront pas s’empêcher d’esquisser un sourire en voyant ce titre. Mais rendez vous compte seulement de ce fait : le compostage demande différents gestes actifs qui sortent pour le moins du quotidien : outre le port du bac de compost de la cuisine au jardin (assimilable au port d’un sachet de courses ou d’une cagette pleine) qui est plutôt commun, il faut prendre en compte la manipulation de la pelle ou de l’outil de brassage, le renversement du seau de compost, le sectionnage des gros morceaux difficilement dégradable en l’état (type orange, ananas, pommes de terres), l’aveuglement par des jets de fruits qui explose ou encore la peur de la faune visible.

Classement des accidents par type

Le tableau ci dessous reprend les différents accidents liés au compostage et les relie à leur fréquence de survient (étude de Claude-Kilien, France, 2007).

Type d’accident Fréquence de survient (%) Nombre de victime dont ayant provoqué une incapacité à long terme (dont décès)
Manipulation de l’outil 32% 589 205 (12)
Sectionnage des gros morceaux 26% 479 157 (7)
Aveuglement par projection suivi d’une chute 17% 313 92 (5)
Peur de la faune visible suivi d’une fuite puis d’une chute 14% 258 72 (1)
Renversement du seau de compost 7% 129 2 (0)
Port du seau jusqu’au composteur 4% 74 4 (0)
TOTAL 100% 1842 432

Analyse globale de l’étude.

L’étude de Claude-Kilien a été effectué entre mars 2007 et décembre 2007 sur la population française en s’appuyant sur les données des différents hopitaux de grande ville. Elle est donc volontairement restreinte afin d’éviter une trop grande dispersion des résultats. Les catégorisations qui ont été choisis sont liées aux réponses des victimes des accidents qui étaient assez similaires pour en dégager 6 grandes thématiques..
Un faible pourcentage de la population dont l’accident n’a pu être directement reliéà la sortie du compost (soit trop lié à une ambiance familiale ou simplement car elle manquait de relation direct avec le compostage) a été volontairement écarté de l’étude et c’est pour cette raison qu’il n’y a pas de catégorie « autres ».

58% des accidents sont liés à une mauvaise utilisation d’outils à priori anodin type couteau, fourche ou pelle

On pourrait être surpris par les deux premières catégories accidentogènes, cependant, en comparant cette étude sur plusieurs années (Konchen, 1999), (Grignin, 2004), on remarque un fort accroissement de celles ci. Claude Kilien l’a expliqué par un « éloignement progressif de la population des valeurs rurales pour une urbanisation neuronale accrue ». On retrouve, en effet, dans les catégories sociales concernées par ces accidents, une forte occurence des métiers plus ‘cérébraux’ plutôt que manuel. (se référer à l’étude de Claude Kilien pour un détail de ces faits).

un « éloignement progressif de la population des valeurs rurales et une urbanisation neuronale accrue » (Claude Kilien, 2007)

Analyse des autres types de danger.

Les deux catégories suivantes semblent pour le moins improbables pour qui ne leur a jamais été confronté. C’est surtout le côté surprenant de l’accident qui a été la cause de conséquences facheuses. Peu de gens s’attendent, par exemple, à se retrouver nes à nez avec une musaraigne en ouvrant le bac à compost et encore moins à se faire assaillir par une goutte d’un jus quelconque.

Les suites de ces accidents sont toujours maladroites. Certain(e)s trébuchent simplement sur un caillou ou tout autre obstacle, d’autres, aveuglé(e)s, se jettent inconsciemment sur des arbres, des murs, d’autres encore s’assomment sur les outils à proximité.

Les conséquences de ces imprudences sont rarement anodines. Aux urgences, on retrouve souvent des traumatismes craniens, des blessures ouvertes, des fractures multiples, des empalements ou, cas extrème, des semi-amputations.

En 2010 par exemple, on a compté 65 amputations dont 30 lourdes (un membre) et 35 plus légères (phalanges, orteils).

Sensibilisation et prévention

Les risques de sortir son compost à l’extérieur sont multiples. Heureusement, les groupements d’individus commencent à s’en rendre compte et à agir, localement, pour une sortie de compost plus sécurisée. Des opérations de sensibilisation se sont montées autour de ces problématiques et on peut citer notamment celles du Professeur Albert Müller et de « Compost en or »

Un prolongement de l’étude a été effectuée par Etienne Egaud en 2009 (« Etude comparative des sortes de compost avec les risques ménagers courants ») et a montré une forte diminution du risque lorsque le composteur était soit anarchique, soit fortement contrôlés par une autorité type agglomération. L’explication vis à vis de la sécurité du compost anarchique a été que les personnes « se responsabiliseraient d’avantage en croyant réellement aux bénéfices de leurs actions ».

La peur semble rendre plus prudent que le simple mécanisme de l’habitude.

Conclusion

Il est grand temps de sécuriser le compostage en agglomération par des mesures un peu plus drastiques. Aujourd’hui encore, des gens sont victimes de leur premier pas dans une démarche qu’il n’arrive pas à englober dans leur ensemble. Finalement, rien n’est dangereux quand tout est bien compris et expliqué.

La balle est entre les mains des autorités, n’abusez pas de notre patience !

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